La naissance de «notre journal»

Le 27 mars 1913, le Syndicat d’Oeuvres Sociales, fondé par un groupe de Canadiens français de l’Ontario, publiait la toute première édition du quotidien LeDroit. Quand le gouvernement ontarien a voulu interdire l’éducation en français partout en province (le Règlement 17), les francophones de l’Ontario sont montés aux barricades pour conserver LeDroit à une éducation dans leur langue maternelle.

Un texte de Denis Gratton.

À la «une» de la première édition du Droit du 27 mars 1913, dans un texte intitulé «Notre programme», Le Syndicat d’Oeuvres Sociales explique comme suit la raison d’être de son nouveau quotidien:

«Vu la situation pénible faite aux écoles catholiques françaises de notre province, les directeurs du ‘Syndicat’ ont pensé que leur premier devoir était de publier un journal quotidien afin de mieux renseigner notre peuple et de prouver à nos adversaires que nous entendons lutter jusqu’au bout et avec des armes loyales. (…) Quand l’avenir d’un demi million de Canadien-français est en jeu, il n’est pas permis de négliger les moyens de lutte. Et quelle meilleure arme qu’un journal, surtout un journal quotidien qui soit avant tout et par-dessus tout au service de la religion catholique, de la langue française et du droit égal pour tous».

Cette toute première édition du Droit est bien modeste avec une douzaines d’annonceurs – des commerçants de la Basse-Ville d’Ottawa en grande majorité, là où LeDroit a élu domicile – et un grand total de 15 colonnes publiées sur… six pages.

Les artisans du Droit sont bien conscients que leur journal ne pourra rivaliser avec les grands quotidiens de langue anglaise avant plusieurs années. Mais dans un texte intitulé «Notre journal» et publié également à la «une» du 27 mars 1913, ils se défendent ainsi:

«Notre publication sera bien humble, nous ne prétendons pas avoir le monopole des bonnes idées et encore moins celui des bonnes actions. LeDroit donnera à tous les jours une quinzaine de colonnes de lecture saine et instructive, sans autre but que d’être utile à se lecteurs.

Puis les auteurs ajoutaient: «Juger de la valeur d’un journal par le nombre de ses pages, ce serait «mesurer les hommes à la brasse», et le public canadien-français ne semble pas disposé à se servir de cette aulne».

L’édition du Droit du 27 mars 1913 se compose essentiellement de nouvelles nationales et internationales réparties sur cinq pages.

Mais on s’assure de publier à la page frontispice une colonne de nouvelles locales comme celles-ci:

- «Louis Ventura, attaché à la Elker’s Brewery a été sérieusement blessé hier matin par le cheval de M. George McKay. Il a été transporté à l’hôpital».

- «Dimanche prochain, il y aura dans notre salle paroissiale une partie de cartes organisée par «l’Association des jeunes» au bénéfice de l’église (à Pointe-Gatineau). Tout le monde se fera un devoir d’y aller».

- L’eau de la rivière est très haute de ce temps-ci et il nous faut forcément nous servir des chaloupes pour aller à Rockliffe».

Et dans une brève, toujours à la «une» et simplement intitulée «L’eau», on y allait de cet avertissement clair comme… de l’eau de roche:

«L’eau de l’aqueduc d’Ottawa est mauvaise. Tout le monde le dit, les spécialistes surtout. Ce n’est pas neuf, c’est une «épidémie» qui règne en maîtresse ici depuis une couple d’années. Le seul remède à la disposition du peuple est de faire bouillir l’eau. Il s’agit ici d’une question de vie ou de mort. Il ne faut pas exagérer le danger, mais il en est mieux d’être trop prudent que d’être négligent une seule fois. Les germes de la typhoïdes sont meurtriers, soyons en garde».

LeDroit célébrera son centenaire le 27 mars prochain.

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